COLLECTIF "DÉFENSE"

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THÉORIE

L’ACTION DE LA LOI DE LA VALEUR EN RÉGIME SOCIALISTE

Le Collectif propose aux organisations se référant au marxisme-léninisme et aux travailleurs qui s’interrogent sur la possibilité de construire une société socialiste un débat sur la loi de la valeur, sa signification, son utilisation par la bourgeoisie dans le système capitaliste et par l’État socialiste. Voici un texte d’introduction et une première réflexion du Collectif:

Pourquoi organiser un débat sur l’action de la loi de la valeur dans un pays socialiste?

Dans la préparation de la commémoration de la révolution bolchévique de 1917 à l’occasion de son centenaire, que le Collectif DÉFENSE souhaite unitaire tant dans la tenue que dans la préparation, nous devons expliquer aux travailleurs face à la crise permanente du capitalisme à laquelle ils sont confrontés, comment fonctionne le socialisme et pourquoi son système évite les crises économiques. Comment l’économie peut-elle s’opposer aux licenciements, à la baisse du pouvoir d’achat des salaires, à la mise à mal des garanties sociales, à l’anarchie de la production tout en augmentant la croissance industrielle? Cela est une question d’orientation économique doublée d’un objectif de classe. Tous les travailleurs, en l’état actuel du développement des forces productives qui rentrent de plus en plus en contradiction avec le mode de production capitaliste, s’intéressent aux solutions qui pourraient améliorer leurs conditions sans transgresser les lois économiques incontournables de la production. Sans maîtrise scientifique des lois économiques qui régissent la loi de la valeur, le champ est laissé à ceux qui veulent aménager le capitalisme sans le renverser et qui, par conséquent, légitiment les appels aux sacrifices de la droite et de la social-démocratie. Il nous faut expliquer également et convenablement de quelle façon la classe bourgeoise s’est réinstallée en URSS sur la base des réformes de Khrouchtchev et pourquoi cela a conduit à la contre-révolution. En fait, pourquoi le capitalisme a eu besoin d’une contre-révolution pour affermir sa domination et franchir le stade impérialiste, et pourquoi la classe ouvrière dans le capitalisme a besoin d’une révolution socialiste pour s’émanciper? Différentes interprétations voient actuellement le jour de la part des organisations ML sur la contre-révolution gorbatchévienne. Certains évoquent des contradictions de points de vue idéologiques, d’autres font référence aux circonstances historiques, mais il s’agit en réalité de démontrer avec quelle orientation de classe on transforme les réalités économiques. Ainsi, les problèmes sociaux ont toujours une origine économique, c’est ensuite que se structure le point de vue politique pour que ce dernier devienne prioritaire comme concentré de la raison économique de classe. Le collectif DÉFENSE propose un débat exceptionnel sur son site car les camarades de cette organisation, après avoir rencontré différents groupes ML, considèrent qu’il est possible d’aboutir à un point de vue collectif sur la question de la «valeur dans le socialisme» soulevé déjà par Staline jadis (les problèmes économiques du socialisme en URSS). Cela permettrait d’avancer d’un pas vers une unité idéologique entre les organisations ML et ce serait très prometteur pour les discussions à venir et la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire unifié. Voici donc notre proposition de texte pour le débat:

Qu’est-ce que la théorie de la valeur?

La marchandise et la monnaie (d’après le volume premier du Capital de Karl Marx)

La marchandise revêt un double aspect: «valeur d’usage et valeur d’échange». La marchandise doit donc être un produit utile pour satisfaire les besoins individuels; en ce sens, elle est définie comme étant une valeur d’usage en économie politique. La marchandise est donc utilisée au niveau de la consommation individuelle, puis industrielle en tant que matière première ou produit intermédiaire. Cependant, comme de tout temps les marchandises ne peuvent pas toutes être produites par un seul producteur, elles s’échangent entre elles. La marchandise revêt donc un double aspect puisqu’elle est valeur d’usage et devient en tant que telle une valeur d’échange. Donc, en tant que valeur d’usage, la marchandise doit s’échanger contre une autre valeur d’usage équivalente pour qu’elle devienne une valeur échangeable «valeur d’échange». Le travail humain est  à l’origine de la fabrication des marchandises, et apporte donc une notion d’équivalence dans l’échange des marchandises entres elles. La marchandise exprime donc sa valeur au niveau de la quantité de travail consacré à sa fabrication. Historiquement, une moyenne générale établit le temps de travail socialement consacré à la fabrication des marchandises pour établir leur valeur. La cristallisation du travail contenu dans un objet d’utilité se mesure en temps socialement consacré à sa réalisation pour définir sa valeur. Le temps de travail servira donc de moyen pour évaluer la valeur des marchandises entres elles dans l’échange. Si deux marchandises contiennent le même temps de travail, elles pourront s’échanger entre elles. Mais si ce n’est pas le cas, il faut trouver un équivalent général. L’équivalent général doit donc lui aussi être une marchandise contenant du travail, donc de la valeur, et être divisible pour servir les besoins de l’échange. L’or et l’argent, puis la monnaie métallique, ont acquis historiquement la fonction d’équivalent général, puisqu’en tant que produits d’échange, ils représentent une certaine quantité de travail en rapport de leurs poids et sont divisibles à loisir. C’est le numéraire qui ensuite constitue avec les chèques et la carte bancaire la représentation idéale et fictive de la valeur marchande. Ainsi, la loi de la valeur a pris sa naissance dans l’abstraction du travail humain pour se quantifier dans la réalisation de produits finis. Le temps de travail socialement consacré à la réalisation de produits finis exprime donc la valeur des marchandises, et cela constitue la base de tous les rapports marchands. La force de travail nécessaire à la fabrication d’un produit devient donc à son tour une marchandise achetée par le possesseur d’un moyen de production. Le capitaliste qui achète la matière première achètera la force de travail des producteurs pour fabriquer des marchandises. Ainsi, le capitaliste payera à l’ouvrier le prix du renouvellement de sa force de travail, pendant qu’il encaissera la valeur supplémentaire qu’il a produite toute la journée. L’ouvrier ajoute du travail aux matières premières pour fabriquer des marchandises commercialisables. Ainsi, le prix du renouvellement de la force de travail est évalué en rapport avec le temps de travail fourni au capitaliste pendant toute la journée. L’ouvrier peut de cette façon travailler 2 à 3 heures pour lui-même et le reste de la journée gratuitement pour le capitaliste. Le capitaliste encaissera ainsi une plus-value qu’il accumulera dans le capital. Le but  unique économique du capitalisme est donc de renforcer la rentabilité du capital par l’exploitation du travail vivant. Ainsi fonctionne et agit la loi de la valeur depuis l’origine de tous les modes de production marchands.

La loi de la valeur en régime socialiste

En régime socialiste, la loi de la valeur est présente et elle agit. De partout et dans n’importe quelle société historique, là ou il y a production de marchandises et organisation marchande, la loi de la valeur existe nécessairement. Autrement, il y a production de marchandises d’usage personnel familial ou communautaire, mais pas d’échange. L’échange implique le développement de la production sociale et son évolution industrielle. En régime socialiste, la loi de la valeur s’étend donc tout d’abord à la circulation des marchandises, à l’échange par l’achat et la vente, principalement à l’échange des marchandises pour la satisfaction des besoins personnels. À la différence avec le capitalisme qui lui étend les principes de la loi de la valeur à la production, au commerce et à la transaction bancaire, en régime socialiste l’échange par l’achat et la vente confère dans une certaine limite un rôle régulateur à la loi de la valeur. En fait la loi de la valeur ne régule pas la production dans le socialisme, mais elle agit sur la production. Le fait que les produits de consommation soient échangés par la vente et l’achat exprime globalement le coût des dépenses nécessaires pour répondre aux dépenses de la force de travail dans le processus de production. Ainsi, les coûts de production sont soumis à la loi de la valeur pour qu’elle exerce son action. De cette façon, le système de répartition socialiste doit tenir compte dans les rapports de valeurs, de l’autonomie financière des entreprises, de la rentabilité productive, du prix de revient de la marchandise pour la politique nationale des prix, des dispositifs d’investissements industriels, agricoles, des questions de la consommation et du commerce extérieur. La loi de la valeur est donc utilisée dans l’économie socialiste avec la planification, pour obtenir l’autonomie financière ainsi que la rentabilité des entreprises, pour améliorer les méthodes de fabrication, et réduire les coûts tant au niveau des besoins industriels que des prix pour la consommation sociale. Le régime socialiste, avec son système économique fonctionnant avec une planification démocratique centralisée, a besoin de pouvoir comparer les marchandises entre elles, que ce soit par rapport aux besoins des activités économiques ou des nécessités de la consommation populaire et du commerce extérieur. Ainsi, l’utilisation de la loi de la valeur sera nécessaire à l’édification du socialisme, mais n’aura pas la même ampleur qu’en régime capitaliste, elle ne régulera pas la production et ce sont les organismes de la planification qui le feront. L’exemple est fourni par les discussions du comité central du PCUS à l’époque de Staline avec les organismes de la planification, qu’ « une tonne de pain ne peut-être considérée comme équivalente d’une tonne de céréale » pour fixer les fluctuations des prix des céréales. Ainsi, l’utilisation du travail humain pour transformer les marchandises ajoute nécessairement de la valeur au produit fini. Cependant, l’absence de propriété privée des moyens de production et leur socialisation à la ville comme à la campagne, limite l’action de la loi de la valeur et son degré d’influence sur la production.

Effets du développement harmonieux sur la loi de la valeur

Dans le socialisme, le développement proportionné qui harmonise la répartition économique et sociale, remplace la loi de la concurrence en empêchant l’anarchie de la production existante dans le capitalisme, et amoindrit la loi de la valeur. En effet, la production socialiste avec son développement harmonieux due à son système de répartition, n’aboutit pas à des crises périodiques de surproduction et à des gaspillages, mais diminue la force régulatrice de la loi de la valeur dans les rapports d’échange. Donc, si la loi de la valeur est une catégorie historique liée à l’existence de la production marchande, elle disparait avec l’atténuation constante de cette dernière dans le socialisme; ainsi, la valeur avec ses formes disparaîtront aussi. La société communiste sera une société où la production se réglera par les besoins de cette dernière. Le recensement des besoins acquerra une importance de premier ordre pour les organismes de planification. Ainsi, la production socialiste, étape économique transitoire, en utilisant la loi de la valeur au profit des besoins collectifs, concourt à la disparition de cette dernière. De cette façon, il serait faux de tirer la conclusion que la loi du développement harmonieux du socialisme sur l’économie nationale et la planification supprime le principe de la rentabilité. La rentabilité doit se concevoir du point de vue de l’ensemble de l’économie nationale en rapport de ses besoins. En effet, il ne convient pas de confondre la rentabilité financière de l’accumulation du capital basé sur l’extraction de la plus-value dans le capitalisme, et la rentabilité productive de l’économie socialiste basée sur une répartition qui doit répondre aux besoins collectifs. Dans le socialisme, il faut, pour développer l’économie afin qu’elle réponde aux besoins croissant des hommes, diminuer les coûts de production et augmenter la productivité. Ainsi, la modernisation des appareils de production allège la charge de travail au lieu de l’augmenter d’une façon paradoxale comme le fait le capitalisme. La machine libère l’homme au lieu de l’asservir à des rythmes de production toujours plus incroyables. Sous le socialisme, les économies réalisées avec la diminution du coût de la production diminuent le prix des marchandises sans dévaloriser la force de travail des producteurs. En système capitaliste, la modernisation licencie des travailleurs au lieu de les utiliser autrement dans d’autres secteurs et de diminuer le temps de travail. Au contraire, le capital, en compressant le personnel, augmente les cadences avec le temps de travail, et cela finit par se traduire par des augmentations de prix. Ainsi, le capitalisme, en utilisant la loi de la valeur, diminue bien lui aussi les coûts de production en augmentant la productivité, mais en augmentant le temps et l’intensité du travail avec les prix des marchandises. Lorsque, sous le socialisme, les prix des marchandises diminuent sous l’effet de la loi de la valeur à cause de la diminution des coûts de production, les salaires sont valorisés, le pouvoir d’achat augmente et la loi de la valeur perd de son intensité et finit par disparaître à terme, car le pouvoir d’achat augmente alors que la monnaie se dévalorise. Ainsi, soit c’est la force de travail qui se dévalorise avec le capitalisme à cause de la diminution des coûts de production et de l’augmentation de la productivité, soit c’est la monnaie avec le socialisme pour les mêmes causes et avec les mêmes lois, mais avec un objectif différent, celui de libérer les travailleurs au lieu de les asservir.

Les effets de la loi de la valeur dans l’opposition des classes

Le socialisme et le capitalisme sont des sociétés transformables mais non aménageables. Le féodalisme contenait en son sein des éléments pré-capitalistes et un système marchand. Le capitalisme pourtant confronté au sein de son système à sa contradiction de classe avec le prolétariat, ne contient aucunement des éléments socialistes dans ses structures économiques, même si des victoires sociales ouvrières viennent perturber sa logique économique. Le socialisme lui, peut contenir ou introduire (la NEP) des éléments capitalistes dans son économie en les maîtrisant, mais son développement ne s’accommode point de l’ancien mode de production. Ainsi, pour passer du capitalisme au socialisme, il faut briser l’État bourgeois et exproprier les capitalistes au moins des grands moyens de production et d’échange. Pour renverser le socialisme, il faut une contre-révolution bourgeoise qui restitue les moyens de production et d’échange aux capitalistes privés avec les moyens politiques d’un État qu’ils dirigent. Ainsi, si les moyens de production et d’échange avec le pouvoir d’état ne sont pas dans les mains des propriétaires privés, le capitalisme ne sera pas réinstallé même si sa base économique bourgeoise est arrivée à affaiblir le socialisme qu’elle combat de l’intérieur. Ainsi, les réformes khrouchtcheviennes qui ont pénalisé l’évolution du socialisme en inversant l’utilisation de la loi de la valeur pour lui donner une force régulatrice, ont déstabilisé la production tout comme les victoires revendicatives perturbent le capitalisme sans pour autant le renverser. Donc, ni par le haut ni par le bas, le capitalisme et le socialisme ne peuvent s’accommoder d’un aménagement de leur système économique sans que cela déstabilise l’économie nationale. Les sociétés de groupe introduites par Khrouchtchev ont opposé la rentabilité financière à celle de la production en introduisant la notion du profit, cela à ouvert la voie à des crises (marché noir, corruption, détournements de matériel, installation de sociétés privées clandestines…) sans pour autant favoriser ceux qui se battaient pour le retour du capitalisme afin qu’ils soient alors capables de lui livrer le pouvoir. La loi de la valeur devenait régulatrice de la production sans pour autant introduire la propriété privée des moyens de production, car ils appartenaient toujours à l’État, même si la planification démocratique a été foulée aux pieds, au profit d’une répartition inégale. Dans le capitalisme, les victoires ouvrières accélèrent les crises économiques périodiques, cela peut finir par adapter le système d’exploitation à des complications nouvelles, ou à revenir sur les acquis, mais en aucun cas ces victoires ont historiquement renversé le système. Crises sociales ou étouffement des activités économiques ne peuvent avoir raison ni du socialisme, ni du capitalisme, car seule la révolution ou la contre-révolution peuvent y pourvoir. L’explication est simple: malgré l’échange inégal introduit par l’économie de groupe en URSS avec Khrouchtchev qui à perturbé le développement économique et social, l’existence du socialisme avec y compris son bureaucratisme d’état constituait une entrave au développement de l’économie parallèle clandestine avec sa base capitaliste. En URSS entre les années 60 et 80 se développe l’économie souterraine, car les intérêts de groupe s’opposent à la fois aux secteurs non rentables de l’économie et au développement social collectif. L’État fermait les yeux sur la falsification des comptes qui servaient à augmenter artificiellement la production de matériaux, et si l’effet d’annonce pouvait servir à vendre plus ou plus cher pour compenser le manque à gagner de la production par rapport au profit annoncé, l’État recevait une part du profit. L’économie souterraine était devenue l’ombre du retour au capitalisme préparant la contre-révolution dans la perspective de l’atteinte du stade impérialiste, par l’accumulation du capital privé stimulé par la concurrence. L’État qui avec la propriété de groupe avait renoncé à la dictature du prolétariat avec le contrôle ouvrier sur la production, était devenu incapable de s’opposer à la constitution de société privées clandestines. Le travail au «noir» à réintroduit la pleine acuité de la loi de la valeur en structurant les activités clandestines dans presque tous les domaines de l’économie, au niveau de l’industrie et de l’agriculture, avec un secteur marchand de trafic de devises et de matériel en tout genre. Avec le développement de l’économie souterraine et sa nature capitaliste, un changement des rapports sociaux s’installe dans le pays. L’économie capitaliste issue du marché noir a pris racine dans l’échange inégal, puisque des primes au rendement ont été installées dans les entreprises rentables pour accélérer les résultats financiers au niveau du profit annoncé. L’économie parallèle créait des embauches en installant une société clandestine mais présente dans l’économie du pays au sein du socialisme. Certains appellent cela le socialisme de marché, mais l’objectif du marché a été d’absorber le socialisme pour le détruire. Cela a créé un groupe d’hommes d’affaires grands et petits qui s’est joint à l’appareil bureaucratique sur des bases de corruption existantes. L’économie souterraine pénétra l’appareil d’État, des détournements de carburants eurent lieu dans les kolkhozes et les sovkhozes entre autres. Puisque les chiffres étaient truqués dans le plan, il était aisé de détourner du matériel pour l’intégrer dans l’économie parallèle tout en augmentant les résultats fictifs sur le papier. Les fortunes acquises d’une manière criminelle ont ainsi non seulement nui considérablement à l’économie socialiste, mais ont eu un impact  sur le capital organisé à la fin des années 80. Gorbatchev engage alors l’URSS dans la contre-révolution, la «pérestroïka». Ainsi, au lieu par exemple de s’opposer aux inégalités produites par la propriété de groupe, il se bat pour gagner une réforme sur les «coopératives» pour blanchir l’argent obtenu illégalement. Le but est que ces capitaux puissent être réutilisés pour les privatisations et ainsi «légalement» obtenir le titre de propriété des entreprises rentables. Ainsi s’est développé un système de rapports de production où la forme contradictoire dominante mixait la propriété publique avec la propriété de groupe et cette dernière avec la propriété privée des trafiquants de l’économie souterraine. Les conditions étant réunies pour la restauration du capitalisme, il a fallu quand-même que la contre-révolution s’officialise de Gorbatchev à Elstine pour que le capitalisme mette la main sur les entreprises nationalisées, s’institutionnalise, et en prenant tout le pouvoir puisse passer au stade impérialiste.

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L’ÉTAT, UN OBSTACLE MAJEUR À L’ÉMANCIPATION SOCIALE

L’État est un produit de la contradiction de classes inconciliables, un produit de la société à un stade déterminé de son développement. Il est la manifestation que cette société capitaliste s’empêtre dans une insoluble contradiction avec elle-même, s’étant scindée en oppositions inconciliables qu’elle est impuissante à conjurer. Le pouvoir placé en apparence au-dessus de la société doit estomper le conflit afin de le maintenir dans la limite de l’ordre. Ce pouvoir né de la société, c’est l’Etat bourgeois. Les idéologues bourgeois «corrigent Marx» de telle sorte qu’au lieu de faire apparaître l’État comme un organisme issu des contradictions de classes, ils le font apparaître comme un organe de conciliation des classes. L’État est en réalité un organisme de domination et d’oppression d’une classe par une autre. C’est la création d’un «ordre» qui légalise et affermit cette oppression en modifiant le conflit de classes. L’affranchissement de la classe opprimée est impossible, non seulement sans une révolution, mais aussi sans la suppression de l’appareil du pouvoir d’Etat qui a été créé par la classe dominante. L’État, en devenant de plus en plus étranger à la société, exprime une forte violence face aux tentatives d’émancipation de la classe dominée, même si elles sont pacifiques. Les détachements spéciaux d’hommes armés, (GIGN, CRS, forces spéciales de répression…) ne peuvent coïncider avec une organisation armée autonome de la population à cause de l’antagonisme de classe. Ainsi, l’armée permanente de métier et la police sont les principaux instruments de la force du pouvoir d’État en faveur du maintien de l’ordre bourgeois et il ne peut en être autrement. Des fonctionnaires représentant l’organe du pouvoir d’État sont placés au dessus de la société. Ainsi, le plus vil policier a plus d’autorité que n’importe quel représentant élu par le peuple ou les travailleurs. L’Etat représentatif moderne est l’instrument de l’exploitation du travail salarié par le capital. La république démocratique bourgeoise est la forme d’avilissement la plus sûre et la forme la plus stable de la domination du capital. Ainsi, l’arme des sociaux-chauvins et sociaux-démocrates opportunistes et contre-révolutionnaires est le suffrage universel. Cela permet d’inculquer l’idée fausse que le suffrage universel de l’État bourgeois est capable de traduire réellement la volonté de la majorité des travailleurs et d’en assurer l’accomplissement.

La république démocratique

La république démocratique bourgeoise est la meilleure forme possible du capitalisme, car le capital assoit son pouvoir si solidement, si sûrement avec elle, que celui-ci ne peut être ébranlé par aucun changement de personne, d’institutions ou de parti. Selon Engels, le suffrage universel est un instrument de domination de la bourgeoisie, c’est l’indice qui permet de mesurer la maturité de la classe ouvrière. Il ne peut être rien de plus dans l’État actuel. Jamais le suffrage universel de l’État bourgeois ne sera capable de traduire réellement la volonté de la majorité des travailleurs et d’en assurer l’accomplissement. C’est la machine d’État qui, renforcée par l’opportunisme politique en exprimant le  «pluralisme», constitue le rempart qui protège le capitalisme du verdict de la démocratie populaire.

L’extinction de l’État et la dictature du prolétariat

En prenant le pouvoir par la révolution, le prolétariat supprime par là l’État en tant qu’État de la bourgeoisie, tandis que l’extinction (ou dépérissement) se rapporte à ce qui subsiste de l’État prolétarien après la révolution socialiste. L’État bourgeois ne s’éteint pas mais se supprime; ce qui s’éteint, c’est l’État prolétarien au profit d’une auto-détermination populaire appelée le communisme. C’est le dépérissement de l’Etat. L’Etat bourgeois est un pouvoir spécial de répression exercé contre le prolétariat par la bourgeoisie, contre des millions de travailleurs par une poignée de riches. Le putsch de Pinochet au Chili contre Allende, pourtant élu démocratiquement, en est l’illustration. Le pouvoir du prolétariat doit donc être un pouvoir spécial exercé contre la minorité bourgeoise riche, c’est l’Etat de la dictature du prolétariat. L’État prolétarien socialiste ne peut donc se créer sous forme d’extinction mais de révolution. Le rôle des opportunistes, des sociaux-démocrates réformistes et sociaux-chauvins sert à masquer la nature répressive de l’État; après avoir été élus, tous ces gens-là se plieront aux exigences de la bourgeoisie pour perpétuer le principe de l’exploitation de l’homme par l’homme, pour ne pas être broyés par le capital. Les opportunistes ont donc besoin de l’État pour jouer leur rôle politique (cf. SYRIZA). Sans eux, l’État bourgeois offrirait aux vues de tous son vrai visage, celui de la dictature d’une minorité de privilégiés sur le prolétariat d’abord et sur l’ensemble de la société avec tout son arsenal répressif. Voilà pourquoi le fascisme apparaît uniquement pour contrer la révolution prolétarienne et non pour alterner à la démocratie bourgeoise. La démocratie bourgeoise avec le suffrage universel est donc une illusion, et faire croire qu’elle est un point d’appui pour changer la société participe à la supercherie. Les révolutionnaires doivent démythifier le suffrage universel pour démontrer qu’il ne peut pas être un principe démocratique se substituant à la dictature du capital, même s’ils utilisent le parlement pour faire connaître aux travailleurs ceux qui les représentent et les soutiennent. Ainsi, Marx avait raison de dire qu’ «aucun État n’est libre ni populaire». L’État prolétarien ne remplacera point l’État bourgeois sans renversement révolutionnaire de celui-ci, et les travailleurs continueront à subir une exploitation de plus en plus féroce et aggravée. La suppression de l’État prolétarien, c’est-à-dire, la suppression de tout Etat, n’est possible que par un dépérissement progressif jusqu’à son extinction sans violence. Une question se pose cependant: si le prolétariat a besoin de l’État en tant qu’organisation spéciale de la violence contre la bourgeoisie, une telle organisation est-elle concevable sans que soit au préalable détruite, démolie, la machine d’État que la bourgeoisie à créée pour elle-même? Pour répondre à cette interrogation pertinente, il faut concevoir la révolution comme une révolution véritablement populaire et conduite par le prolétariat. Il faut donc s’inspirer de la Commune de Paris où la dictature du prolétariat avait amorcé un processus qui partait des communes pour constituer le pouvoir central révolutionnaire en brisant la machine bureaucratique et militaire de l’État. Les gardes nationaux représentaient ainsi l’organisation de l’armée autonome de la population en tant que détachements spéciaux d’hommes armés du prolétariat. L’opposition au pouvoir de l’État bourgeois s’est donc formée entre les détachements «spéciaux» d’hommes armés et l’organisation armée autonome de la population.

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